La nuit tombe sur la campagne d'automne

Texte court réalisé dans le cadre d'une écriture à thème. 

Sujet : La nuit tombe sur la campagne d'automne

Nombre limite de mots : 500

Mots à insérer : peluche, neige, lascustre, borgne, logis

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 La nuit tombe sur la campagne d'automne


 

Comme une fuite inattendue, survenue bien avant l’heure. Comme après un départ, ou une naissance, une vie s’achemine lentement vers la mort, mouvementée et fluide, balancée en rythme au sein d’une musique tantôt douce, tantôt endiablée. Comme une valse qui ne durera que le temps d’une chute, court instant d’éternité au son d’un vent dont l’humeur varie au fil du temps. La terre se rapproche.
Sur le sol, abandonnée, décrépie et sale, une peluche borgne repose ventre à terre, un bras replié sous elle. De son œil unique s’écoule une larme de glace. Le givre l’envahit peu à peu, son cœur délaissé gèle à mesure que la neige l’ensevelit. Cette fois, on ne viendra plus la chercher.
Il est un enfer idyllique où deux âmes solitaires dont nul ne se souviendra se laissent porter au courant d’un fleuve pourpre. Le flocon fondra mais l’ours est voué à une lente torture. Doucement, le destin les entraîne l’un vers l’autre, pour une rencontre dont ils seront seuls témoins.
Il pourrait s’égarer dans la multitude, se fondre dans une flaque et perdre son individualité. Cette fin lacustre est celle qu’il craint le plus. Mais sous lui, une ombre se profile dans la nuit naissante, une masse qui lui tend un bras… Le souffle de l’air, conciliant, consent à le pousser dans sa direction. L’atmosphère se réchauffe douloureusement, mais la bienveillance qui l’empreint est rassurante.
La peluche guette de sa pupille de verre ; pour une fois, son éternel sourire n’est pas feint. Elle a bien deviné que celui-là est spécial. Et dans un geste tendre, elle le cueille de la pointe de sa griffe.
Elle le regarde s’égoutter, puis le sent se glisser entre les mailles du tissu, pour s’éteindre dans son cœur floconneux. L’obscurité couvre la prairie d’une chape sombre, où les formes s’évanouissent mais où le moindre éclat lumineux peut prétendre au titre d’étoile.
La solitude, pourtant, s’est un peu éloignée. Car avant de sombrer dans l’oubli, le jouet dédaigné a pu offrir à autrui un dernier logis, son dernier bonheur.

 

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